Logiciel libre et monde associatif : état des lieux – Laurent Costy – RMLL2015

Source: April.org
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Logiciel libre et monde associatif : état des lieux – Laurent Costy – RMLL2015


Laurent Costy

Titre : Retour sur les rapports entre associations et logiciels libres
Intervenant : Laurent Costy
Lieu : RMLL2015 – Beauvais
Date : Juillet 2015
Durée : 33 min 38
Licence : Verbatim
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Présentation

Il s’agira de regarder comment évoluent la prise en compte, par les associations 1901, des logiciels libres dans leur quotidien suite à l’enquête menée par le groupe de travail Libre Association de l’April sur ce sujet fin d’année 2014 et début d’année 2015.
231 associations ont ainsi rempli entièrement le questionnaire et ces réponses seront présentées et comparées pour certaines d’entre elles, aux résultats d’un questionnaire proche mis en place en 2008/2009.

Transcription

Bonjour à tous. Je vous propose de commencer puisque la conférence était censée commencer à 14 heures. Je vous rappelle très rapidement le thème, même si je pense que vous savez pourquoi vous êtes là. L’idée c’est de parler de logiciel libre et de monde associatif, et de cibler plus particulièrement un état des lieux, suite à un questionnaire qui a été émis fin d’année 2014, début d’année 2015. Les résultats qui vont être présentés brossent, une partie des résultats, mais pas l’ensemble, évidemment, on n’aurait pas le temps aujourd’hui. Pour l’instant il n’y a pas encore eu de note de synthèse qui a été produite et diffusée, parce qu’elle est encore en cours de finalisation. Elle devrait finir dans le courant du mois de juillet, et puis je pense qu’on aura ça disponible sur le site de l’April1 au mois de septembre. Dans la présentation vous avez toutes les adresses qui vous mentionneront le lieu où vous pourrez trouver la synthèse, enfin l’analyse de toutes les questions qui avaient été posées fin 2014, début 2015.

Je me présente très rapidement. Moi je suis Laurent Costy, administrateur de l’April, et puis je m’occupe plus particulièrement, depuis 2007, de toute la question du rapport entre logiciel libre et associations, vous l’avez compris. Je vous ai rappelé le site libreassociation.info, qui est une déclinaison, qui est hébergé sur les serveurs de l’April, bien sûr, puisque c’est un groupe de travail au sein de l’April, et puis je vous indique aussi la liste, enfin l’adresse qui vous permet de vous inscrire à la liste mail Libre Association2, qui compte 240 inscrits, où on discute, effectivement, de toutes les questions associations et logiciel libre. Sur cette liste-là, on retrouve à la fois des gens qui sont très techniques, techniciens du logiciel libre, mais aussi beaucoup de personnes au sein d’associations qui souhaitent faire migrer leurs associations vers du logiciel libre, toujours plus de logiciel libre. D’ailleurs c’est beaucoup de personnes qui sont plutôt milieu associatif. On essaie de faire le lien entre les techniciens, alors « techniciens » entre guillemets, parce que techniciens, il faut entendre beaucoup de choses, mais entre techniciens et les membres d’associations.

Les associations en France

Très rapidement je vous ai brossé un paysage associatif en France. C’est important, quand même, de fixer les idées parce que c’est vrai qu’on ne prend pas forcément conscience de ce que ça représente sur le territoire. On est toujours, évidemment dans les médias, en train de parler des entreprises, de ce qu’elles produisent au niveau du PIB, etc., mais on oublie complètement la partie associative parce qu’elle est souvent dans l’état d’esprit comme quelque chose qui ne produit rien. Ceci étant, ce n’est pas du coup le cas. En France, alors ça, ça date de 2014, les chiffres, en France on avait 1,3 millions d’associations, ce n’est quand même pas neutre. Et puis on estimait qu’un Français sur deux était membre d’une association. Évidemment c’est inégal en fonction du territoire, etc., en tout cas ce n’est quand même pas négligeable sur la France.

Vous avez quelques chiffres en termes de thématiques associatives. C’est vrai que les associations les plus nombreuses ce sont les associations sportives, donc elles ne sont pas classées par ordre, mais en tout cas, ce sont les associations sportives. En général c’est la santé qui vient derrière. Alors après, évidemment, en fonction de la manière dont on classe, on a des différences, mais voilà, sport, santé, défense des droits et des causes, et puis l’éducation, action humanitaire. Là il y a le nombre d’associations et puis après, évidemment, il y a le poids, parce qu’il y a des associations qui emploient, par exemple, beaucoup plus de salariés que d’autres et puis surtout qui ont des budgets plus importants. Dans la santé, on sait que c’est là que les budgets sont les plus importants parce qu’il y a souvent délégation de service public, etc.

Je ne vais pas épiloguer, c’est pour avoir une représentation, un peu, du paysage associatif français. Si vous avez des questions là-dessus, de toutes façons il y a beaucoup de chiffres qui sont produits qui sont sur les sites de référence, en particulier Le Mouvement associatif3 qui coordonne, enfin qui représente la vie associative, auprès des ministères, en France.

1,3 millions d’associations, ça représente 24 millions de bénévoles. Contre les idées reçues il faut savoir, quand même, que le bénévolat ne décroît pas. On entend souvent : « Oh, je n’arrive pas à trouver des bénévoles dans mon association ». En fait, la réalité est plus complexe. C’est-à-dire que les associations continuent de croître, le nombre de bénévoles continue de croître, mais la manière de s’impliquer dans les associations change. C’est-à-dire qu’avant on avait des gens qui étaient capables de s’impliquer sur une unique association et y passaient tout leur temps. Maintenant les gens ont souvent des spécialités et préfèrent s’investir dans différentes associations sur leurs spécialités, par exemple. C’est ça qui va faire changer un peu les états d’esprit par rapport à tout ça. Donc voilà, il y a quelques indicateurs, comme ça, qu’il est important d’avoir en tête, pour lutter un peu contre les idées reçues.

Les volontaires, puisque c’est assez récent aussi dans le paysage associatif, le Service Civique qui se met en place et qui monte en puissance. Vous avez entendu les préconisations de M. Hollande. En termes de salariés ça représente 1,8 millions de salariés en France. Encore une fois, ce n’est pas neutre, et 1,7 milliards d’heures travaillées, ça, vous n’avez peut-être pas les chiffres en tête. En tout cas, ce qu’il faut peut-être retenir de tout ça, c’est que l’ESS, donc ce n’est pas que le milieu associatif, puisqu’à l’ESS, l’Économie Sociale et Solidaire4, il faut rajouter après les fondations et les mutuelles, représente 10 % de l’emploi privé en France. Donc c’est quand même assez considérable.

Et puis, chiffre important aussi, c’est que sur ces 1,3 millions, seulement 15 % de ces 1,3 millions ont des salariés. Donc la majeure partie des associations en France, finalement, n’ont que des bénévoles. D’accord ! Évidemment, il peut y avoir des associations avec un nombre de salariés très important, quand on rentre sur des associations de santé, des services à la personne, etc., il peut y avoir énormément de personnes.

Contexte &cadre de l’enquête

J’en ai terminé avec ça, c’était important de refixer un peu le contexte associatif en France et, du coup, je m’intéresse à l’étude qui a donc été menée, cette fin 2014, début 2015, donc ça été étalé, je pense, sur trois mois, je n’ai plus les dates exactes en tête, mais c’est entre, je crois que c’est 15 novembre jusqu’à fin février, où on a mis en ligne un questionnaire destiné aux associations, pour continuer à essayer de mieux connaître, un peu, leur rapport au logiciel libre. Pour faire ça, on a utilisé LimeSurvey, que certains connaissent peut-être, qui est un logiciel libre, qui permet de faire des enquêtes, qui est un logiciel assez abouti. Évidemment, ça reste un peu compliqué à appréhender comme logiciel au départ, il faut quand même investir un peu de temps, mais comme tout logiciel, je dirais, mais une fois qu’on l’a en main, c’est vrai que ça permet de mener ce type d’enquête et de dépouiller. On est dans le dépouillement. Complémentairement, évidemment, on a utilisé LibreOffice, Ngnumeric et puis Inskcape. Pourquoi Ngnumeric et Inskape ? Parce que, pour exporter des graphiques, finalement, pour exporter du SVG, Ngnumeric est pratique, alors que LibreOffice Calc ne le fait pas, je crois.

Une de nos attentions c’était de faire attention de ne pas trop interroger d’associations libristes. Il fallait qu’on ait des retours d’informations d’utilisateurs, je dirais lambda, pas des associations qui sont déjà sensibilisées au Libre, parce que ça aurait faussé un peu notre enquête. On a estimé qu’on avait moins de 5 %. Alors c’était important aussi d’avoir leur avis parce qu’elles préconisent aussi des choses, et puis elles sont en interaction avec des associations qui ont besoin de Libre, mais, en tout cas, on ne voulait pas trop d’associations libristes, donc on estime à moins de 5 %, une dizaine d’associations libristes, qui ont répondu. Il faut l’avoir en tête parce qu’il y a certaines questions pour lesquelles ça influence un peu les données, mais ça reste raisonnable par rapport aux conclusions qu’on peut tirer.

Il n’y a pas eu pas eu de questionnaires papier renvoyés, malgré le fait qu’on avait rendu ça possible. Évidemment, il y a plusieurs possibilités. D’abord, ceux qui ont eu l’information, c’était d’abord de l’information numérique par les réseaux numériques donc, de fait, les gens qui sont déjà réticents à du papier, ne sont pas sur les canaux de distribution numérique de cette information-là. Il faudrait creuser cette question-là mais, en tout cas, on n’a pas eu de retours papier alors qu’on pouvait télécharger, imprimer le fichier. Mais il aurait fallu, aussi, pouvoir envoyer de manière papier des questionnaires à des associations complètement isolées sur les territoires. Et là, on aurait peut-être eu des retours papier.

On avait déjà mené une enquête, un peu du même type, alors pas avec les mêmes questions, c’est pour ça qu’on ne va pas, dans la grande majeure partie des questions, on ne va pas pouvoir les comparer entre 2008 et 2009. Sur certaines questions on va pouvoir le faire, mais très peu, finalement, mais on avait déjà, quand même, mené une enquête avec le groupe Libre Association de l’April en 2008/2009. On avait eu 396 associations qui avaient rempli entièrement le questionnaire à cette époque-là, et on avait pu faire une première analyse et, du coup, fixer quelques éléments. Donc c’est en orange ici parce que le lien est actif. Donc ça veut dire que si vous cliquez sur « Une précédente enquête », vous êtes renvoyé sur le site libreassociation.info, et vous avez accès à l’analyse qui avait été produite à l’époque, donc qui commence à dater, mais, en tout cas, qui restera un témoin de cette période-là.

Pour cette session, on a eu moins de répondants. On n’a eu que 231 associations qui ont répondu, enfin que, comparativement à 2008/2009. Il y a eu 446 questionnaires qui ont été entamés mais qui n’ont pas été terminés. Donc là, ce sont des gens qui sont confrontés, peut-être, à des questions qui les dépassent, qui ne comprennent pas les questions. Ça, il faudrait pouvoir l’analyser, on est un peu en cours de dépouillement. On estime que, quand même, sur 231 associations, ça fait de la matière pour avoir des tendances. On ne peut pas conclure, on ne peut pas généraliser, évidemment, avec 231 associations, mais ça nous donne quand même quelques tendances, surtout quand on les corrèle avec d’autres enquêtes sur du numérique, « numérique » entre guillemets, parce qu’il y a eu des débats sur plusieurs listes. En tout cas, quand on corrèle ces résultats avec d’autres études que je mentionne après, ou, en tout cas, que je mentionnerai, enfin qu’on mentionnera dans la synthèse, ça permet d’avoir, quand même, des tendances confirmées. Là vous avez une capture d’écran de ce que c’est que l’interface de gestion de LimeSurvey, alors ce n’est pas très explicite, mais, en tout cas, ça vous donne un aperçu.

On avait découpé le questionnaire en trois et, au total, ça représentait 42 questions, on ne l’a pas fait exprès :

  • Production de contenus, logiciels de diffusion et travail collaboratif
  • Logiciels utilisés, et puis
  • Objet et contexte de l’association, pour vérifier qu’on n’avait pas qu’une frange d’associations qui répondait, ce qui n’aurait vraiment pas rendu pertinents les résultats obtenus.

Quelques résultats estimés intéressants

Objet et contexte de l’association

Par rapport au contexte de l’association, je vous ai collé ce graphique-là, je ne sais pas quoi en faire, en fait. C’est le nombre d’adhérents moyen, par association qui a répondu. Ça veut dire qu’on a, à la fois, des toutes petites structures associatives avec moins de 5 adhérents et puis, la majeure partie des répondants, elle se situait avec des adhérents compris entre 50 et 200 adhérents. Donc on est plutôt sur des petites, moyennes associations.

Public : C’est quoi le chiffre moyen ?

Laurent : Entre 51 et 200. C’est la majeure partie des associations qui ont répondu. Ce qui est un peu plus étonnant c’est le fait que, finalement, 50 % des associations qui ont répondu avaient des salariés. Donc vous voyez qu’on est très loin de ce que je disais tout à l’heure, des 15 % d’associations qui avaient des salariés. Donc ce n’est pas très représentatif par rapport à ça. Ceci étant, on peut l’expliquer. C’est-à-dire que les associations qui ont des salariés, eh bien sont sur les réseaux, ont un peu plus de temps pour capter ce genre d’information, et puis décider de remplir ce questionnaire pour la structure dans laquelle ils sont. Les structures associatives qui n’ont que des bénévoles, elles vont consacrer le temps qu’elles ont d’abord à l’objet de l’association, et un peu moins de temps que les salariés. D’accord ? C’est sans doute pour ça qu’on a une tendance forte d’avoir des associations répondantes avec des salariés. Et par ailleurs, évidemment, on constate que, même si elles ont des salariés, la majeure partie des associations qui ont répondu n’en ont que de 1 à 5, donc des petites et très petites associations.

Public : C’est à peu près la même tendance que dans le précédent questionnaire ?

Laurent : Oui. Alors je n’ai pas rapproché. Oui, oui, de toutes façons. Oui, sur cette question-là, oui, sans aucun doute. Ce qu’on souhaitait vérifier c’est qu’on avait bien touché à peu près tous les champs de thématiques associatives, ce qui semble être le cas. Alors évidemment, par rapport au rapport que j’évoquais, et par rapport au fait, par exemple, que les associations sportives étaient les plus nombreuses, évidemment, ça ne colle pas forcément au profil national. Ceci étant, l’important c’était d’avoir tout le panel représenté, ce qui est le cas. Donc on a quand même, encore une fois, des résultats qui vont être à peu près cohérents, des tendances à peu près cohérentes.

J’ai extrait certaines questions qui me semblaient intéressantes de pointer aujourd’hui ; évidemment, je ne les ai pas toutes extraites. Donc on avait posé la question du choix de l’association de favoriser, encourager, prioriser la diffusion des productions de l’association sous licences libres. Là on ne parle pas encore de logiciel libre, mais on parle de licences libres. Évidemment, la majorité ça reste « non », ceci étant, on a quand même été surpris par le nombre important de « oui ». On s’attendait à avoir moins de « oui », et puis, si on essaye de projeter, je pense que cette question-là n’aurait pas pu être posée il y a cinq ans. C’est-à-dire que la question des licences libres, il y a cinq ans, on n’aurait pas pu la poser comme ça. On aurait posé, il y a cinq ans, la question : « Est-ce que vous connaissez les licences libres », et on aurait eu des réponses. Alors que, poser la question de cette manière-là il y a cinq ans, je pense qu’on aurait eu une réponse beaucoup plus faible en termes de « oui ». Donc c’est plutôt positivement étonnant que d’avoir autant de réponses « oui ». Si vraiment vous souhaitez intervenir, n’hésitez pas à poser des questions. On essaye de réserver les questions pour la fin, mais si, à un moment donné, ça vous démange et que c’est plus simple d’intervenir sur le graphique, n’hésitez pas.

Production de contenus, logiques de diffusion et travail collaboratif

Ah, j’ai oublié de remettre le titre de la question sur le slide, donc ça ne va pas être très pratique. Ah oui, ça faisait suite à la question précédente, finalement, pour les associations qui avaient effectivement décidé de favoriser la production en licences libres, comment s’était prise cette décision-là. C’est important parce que, une de nos analyses précédentes, c’était de dire la question de l’informatique et de l’informatique libre en particulier, elle est souvent considérée essentiellement comme du technique. Et ça on souhaite l’éviter, on souhaite faire prendre conscience aux associations que c’est aussi une question politique et aussi une question en lien avec leur projet associatif. C’est pour ça qu’on se permettait de poser cette question-là, et on s’aperçoit qu’on a encore beaucoup de décisions non formelles. Donc on imagine bien que c’est dans une petite association, le salarié qui a une sensibilité au logiciel libre, qui essaye de promouvoir et de faire passer le logiciel libre. Dans ces situations-là, on est plutôt dans ces logiques-là où un administrateur, etc., mais il n’y a pas, à un moment donné, quelqu’un qui dit « on met ça à l’ordre du jour du CA » ou alors « on met ça dans nos statuts de promouvoir préférentiellement, par exemple, les licences libres ». D’accord ? Encore une fois, là-dedans, il faut penser qu’il y a dix associations dont c’est l’objet même que le logiciel libre. Donc ça gonfle un peu cette partie-là, quand il y a une décision institutionnelle.

Estimez-vous que la prise en considération des logiciels libres et des logiques de diffusion libre a évolué positivement durant la vie de l’association ?

Ça c’est du ressenti. Ça reste toujours très compliqué quand on fait une enquête de mesurer ce type de choses-là. Ceci étant, encore une fois, c’est une tendance, un indicateur et, si on regarde, on a quand même plutôt une forte tendance positive, en tout cas, par rapport à ça, puisque 42 % ont répondu « oui » de manière importante. Donc, par rapport aux questions qu’on se pose parfois « est-ce que le libre évolue positivement en milieu associatif ? », on aurait tendance à penser, qu’avec cette réponse-là, la réponse est plutôt « oui ». Encore une fois, avec toutes les réserves qu’on doit poser sur une enquête avec 231 structures, mais, en tout cas, on a une tendance.

Y a -t-il eu un choix qui a été fait par l’association pour favoriser ?

Alors là, on est passé aux logiciels utilisés. Avant on s’occupait un peu des contenus produits parce qu’il fallait aborder aussi les associations par ce biais-là, mais quand on s’intéresse après aux logiciels utilisés, eh bien on leur posait aussi la question la question de « favoriser, encourager ou prioriser l’utilisation de logiciels libres ». Là aussi, ça a été assez étonnant de voir un chiffre aussi important, à relativiser par rapport à ce que je vous ai dit, le nombre d’associations libristes dans le questionnaire. Ceci étant, si on rapporte ça aux 2 %, qui sont souvent évoqués, d’utilisateurs de logiciels libres, couramment, enfin ce qu’on entend couramment dans la presse, l’écart est quand même très important. En tout cas, ça vaudrait la peine de creuser de manière importante, sur cet aspect-là des choses, parce que le pourcentage semble quand même très élevé. Donc c’est plutôt une bonne surprise, en tout cas, de cette enquête 2014/2015.

Les logiciels utilisés.

Après, on a essayé d’en savoir un peu plus sur les logiciels utilisés. Ça ne va pas être très éloquent là, parce qu’il faudrait pouvoir comparer vraiment précisément avec 2008/2009. Je vous ai mis, trois slides après, le graphique pour 2008/2009, mais ça va être difficile à comparer parce que, en fait, en 2008/2009, on n’avait pas exactement le même nombre de critères possibles. Il n’y a en que quatre dans le 2008/2009 et là on en a cinq, donc c’est difficile de comparer. Ceci étant, la tendance serait quand même à l’augmentation de l’utilisation de ces logiciels-là, quand on regarde vraiment les chiffres sur ce graphique-là. Comparer graphique à graphique ce n’est pas très possible, mais si on détaille dans les chiffres, on s’aperçoit que la tendance est à l’augmentation. À priori, pour LibreOffice, le nombre de « oui » resterait identique, mais pour tous les autres logiciels on a visiblement plutôt une augmentation de ce qu’on a dépouillé.

Donc on avait interrogé sur Mozilla, sur LibreOffice, Thunderbird, VLC, et puis, Gimp, Inskape, Scribus, et puis un CMS. C’est pareil, on a regroupé par rapport au questionnaire 2008/2009, où on avait détaillé un peu les CMS. Mais, à priori, ne serait-ce que sur le « oui, très répandu dans l’association », ou « oui », si on estime que c’est comparable, on peut considérer que ça a augmenté, l’utilisation. Voilà, 2008/2009, je vous ai mis le graphique, c’était « tous, beaucoup, peu, non ». C’est un peu compliqué à comparer quand même, donc il faut rester prudent.

Sur les logiciels utilisés, ça rejoint ce que je disais tout à l’heure, c’est-à-dire qu’on a été assez étonnés de voir ce pourcentage aussi important sur l’utilisation d’un système GNU/Linux pour le système d’exploitation en milieu associatif. Ça demanderait, quand même, à être creusé, si on rapproche ça des 2 % que j’évoquais tout à l’heure, et qui est reconnu par la majeure partie de la presse sur la question. Une des explications, peut-être, par rapport à ça, c’est qu’il y aurait beaucoup, aussi, d’ordinateurs en dual-boot et que, quand on pose la question « quel système d’exploitation vous avez ? », eh bien évidemment les gens répondent d’abord le système d’exploitation qui était là nativement quand ils ont acheté la machine. Ils ne pensent pas à répondre que, en fait, ils ont deux systèmes d’exploitation sur la bécane. Ça masquerait, peut-être, le nombre de systèmes d’exploitation GNU/Linux sur les machines. Tout ça ce sont des hypothèses. Notre questionnaire ne permet pas de répondre finement à cette question-là ; en tout cas ça pointe, quand même, des chiffres importants sur cet aspect-là des choses.

On a posé aussi des questions complémentaires sur le meilleur moyen, par exemple, de faire aboutir le développement d’un logiciel qui serait utile à l’association. Je ne sais plus, oui, on avait proposé des items. Donc il y avait « utiliser un site de crowdfunding » puisque c’est très à la mode en ce moment, ou « s’adresser à une fédération nationale, une association nationale ou une fédération ». Visiblement, les gens pensent que les associations nationales ou les fédérations sont les meilleurs outils pour y répondre, par rapport au crowdfunding. Mais de toutes façons, dans la réalité, on voit bien que les associations essayent aussi ce nouveau mode de financement. C’est sans doute dans l’hybridation qu’on trouverait des solutions pertinentes pour faire aboutir un développement, soit à partir de zéro, mais, plus vraisemblablement, l’adapter à un besoin pour les associations.

On avait aussi posé la question de « quels organismes seraient les plus à même de coordonner le développement d’un logiciel libre utile aux associations ? » Évidemment, on avait cité, à la fois, des structures qui sont libristes, enfin reconnues dans le monde libriste, et puis des structures qui sont reconnues dans le monde associatif, donc l’April, l’Adullact5, l’Aful6,Framasoft7, vous connaissez sans doute si vous êtes libriste. Le Mouvement associatif, c’est la grosse structure que j’évoquais tout à l’heure, qui coordonne la parole associative, en France, vis-à-vis du ministère sur la question associative. Évidemment, les collectivités territoriales, donc là c’était assez générique pour contenir dedans le Conseil départemental, le Conseil régional, la municipalité, etc. Et puis le CNAJEP8, alors j’en avais parlé l’année dernière, le CNAJEP c’est la coordination nationale des associations de jeunesse et d’éducation populaire. D’accord ? Dans les 1,3 millions associations, il faut considérer qu’il y en a 400 000 qui relèvent de ce champ-là. Donc il y a aussi une structure, un peu comme Le Mouvement associatif, qui coordonne le mouvement pour ces associations d’éducation populaire.

Pourquoi je les pointe celles-là ? Parce que j’estime que, par rapport aux valeurs qu’elles portent, elles sont fortement en lien avec les valeurs du logiciel libre. Donc il y aurait une tendance plus naturelle encore, que le monde associatif en général, à converger vers le logiciel libre. Donc c’est intéressant de voir que, à parts égales, l’April, Le Mouvement associatif, Framasoft, sont les structures identifiées pour coordonner. Évidemment, après, peut-être que les structures-là ne s’y retrouveront pas comme étant leur mission au départ, mais, en tout cas, vu de l’extérieur, les gens estiment que ces structures-là le sont.

Public : C’était une question ouverte ou fermée ?

Laurent : C’était une question fermée, avec la possibilité de remplir un champ « Autre ». Oui c’est ça, oui je confirme. On avait proposé ces items-là, tout à fait.

Public : Toutes celles qui ont été citées : l’Aful, l’Adullact ?

Laurent : Tout ça, toutes celles-là. Oui, oui tout à fait, le CNAJEP, l’April, le Mouvement associatif, l’Adullact, l’Aful, Framasoft, les collectivités territoriales. Et on laissait la possibilité aux gens de rajouter un autre champ, alors je n’ai pas détaillé là les autres mentions qui sont faites.

Public : Et les autres, c’était quoi ?

Laurent : Je n’ai pas en tête, c’est ce que je dis. Mais ce sera dans le compte-rendu, normalement en septembre.

Sur la dernière question je me suis fait un petit peu plaisir. J’ai repris, finalement, des questions textuellement de personnes anonymes, enfin des personnes qui ont répondu au questionnaire sur justement cette question « est-ce que finalement il est encore pertinent de défendre le logiciel libre, dans un contexte où toute la question, maintenant, porte sur le cloud et les data délocalisées ». Donc là, eh bien je ne vais pas vous les lire, mais vous voyez un peu les réponses, alors des extraits de réponses, évidemment. Il y a aussi des réponses qui étaient négatives, qui n’allaient pas dans ce sens-là. Mais là, j’ai choisi de vous présenter des réponses positives, mais de gens qui, visiblement, ont déjà une conscience importante de ce que c’est que le logiciel libre et qui, évidemment, estiment qu’il faut continuer à défendre le logiciel libre, pour aussi défendre la vie privée de chacun.

Public : En quoi c’est contradictoire ?

Laurent : Qu’est-ce qui est contradictoire ?

Public : Inaudible.

Laurent : Ouais. Je pourrais expliciter.

Public : Entre le fait d’avoir… Inaudible.

Laurent : L’esprit de la question au départ, et peut-être qu’elle était mal formulée, il faudra la reposer, mais est-ce que la question de défendre le logiciel libre, est-ce que ce n’est pas un peu has been, finalement, parce que maintenant, la vraie question c’est la vie privée, etc., enfin la question qui est passée sur le devant de la scène, pardon, la question qui est passée sur le devant de la scène, c’est la question de la vie privée, du cloud, des données lointaines et, du coup, on peut se dire, mais on ne voit plus ce que vient faire le logiciel libre là-dedans.

Public : Inaudible.

Laurent : Je me fais l’avocat du diable, et c’est en tout cas la perception pour quelqu’un, en milieu associatif, qui ne connaît pas le Libre, qui n’appréhende pas toutes ces questions de cloud, le lien avec le logiciel libre qui est sur un serveur lointain, etc., ça nous semblait pertinent de poser cette question-là. Effectivement là c’est dans doute, peut-être, des réponses de libristes, sans doute, mais sans nous semblait intéressant d’essayer d’évaluer ça, quand même. Évidemment, il y a beaucoup plus de déclinaisons, beaucoup plus d’expressions, mais je ne pouvais pas vous les mettre aujourd’hui. On essaiera d’en mettre un maximum sur le compte-rendu final.

Pour conclure

L’étude complète sera accessible courant septembre sur le site Libre Association

Encore une fois, j’ai fait une sélection de questions que je souhaitais vous montrer aujourd’hui. L’étude complète sera mise en ligne, sans doute, courant septembre sur le site Libre Association, donc l’adresse de la page est contenue dans le lien. On essaiera d’intégrer, sans doute aussi, des préconisations à la fois de libristes pour les milieux associatifs, et des associations pour les libristes, parce que, par exemple, il faut, aussi, qu’on discipline les associations par rapport aux remontées de bugs. Comment on valorise aussi le travail de tous les libristes qui travaillent sur des programmes mais qui sont complètement isolés, qui n’ont jamais de retours, par exemple ? Donc ça, on va essayer de le glisser dans le rapport. Et puis, par ailleurs aussi, on glissera des préconisations pour les libristes qui, parfois, sont perçus comme un peu durs dans la réponse ou un peu trop techniques, et qui noient très vite des gens qui venaient essayer de chercher finalement de l’information avec une volonté de passer au Libre et puis qui sont freinés dans leur élan parce que la réponse est trop technique, trop abrupte, etc. Donc, voilà, il y aura sans doute une page ou deux de recommandations sur ça.

Et puis il y aura aussi, je vous le signale, puisque ça va sortir sans doute en juillet, là, une tribune de l’April sur logiciels libres et associations, sur la question de la convergence des valeurs que j’évoquais tout à l’heure. C’était une conférence qui avait été faite aussi aux Rencontres mondiales l’année dernière sur les valeurs portées par l’éducation populaire et puis les logiciels libres, qui convergent sur beaucoup d’aspects.

Je vais en rester là. Je ne vais pas détailler. Je vous laisse éventuellement des questions. J’ai fait court volontairement. Il doit nous rester une dizaine de minutes si vous avez des questions, sur, à la fois l’aspect technique, sur, à la fois l’aspect de fond, si je peux y répondre.

Public : Bonjour. Merci beaucoup pour tout ce travail-là d’essayer de faire avancer dans les associations et de faire des choses aussi complètes. Moi, ce qui m’a marqué, c’est quand on a vu qu’il y avait, alors je n’ai pas l’habitude des sondages comme ça, mais qu’il y avait 400 associations qui avaient fait une réponse incomplète, donc pas prise en compte ici, je suppose, dans ce que tu nous as montré, sur deux cents qui ont répondu. Et en fait, ce que je me demande c’est est-ce que beaucoup d’associations qui justement n’y comprenaient rien au logiciel libre, se sont dit « mais je ne peux pas répondre à ces questions, je ne sais pas de quoi ils me parlent, et donc je ferme et je ne vais pas jusqu’au bout ». Est-ce qu’il y aurait moyen de poser des questions très bêtes au début, et d’avoir des formulaires qui se finissent tôt si on sent que c’est un public qui ne va pas pouvoir répondre à des questions plus compliquées ?

Laurent : Je pense que l’hypothèse est bonne. Je pense qu’il y a eu des gens qui ont été rebutés par l’aspect trop compliqué des questions, des questions qui, évidemment, nous paraissent ici à priori compréhensibles. Mais je pense qu’il y a beaucoup de gens qui se sont arrêtés parce que la formulation, parce que le vocabulaire qui était employé n’était pas bon. Donc ça, oui, c’est une préoccupation. Par acquit de conscience on a quand même passé en revue les questions qui n’étaient pas, enfin les questionnaires qui n’avaient pas été remplis. Bon, comme de toutes de toutes façons, ça s’arrête assez vite en général. Pour certaines questions, ça a confirmé les tendances, par exemple, ça donnait la même tendance que sur les 231. Mais oui, il faudrait pouvoir s’adapter. Mais après c’est vrai que la construction d’un questionnaire reste quand même très compliquée parce que, qui est-ce qu’on cible ? Il ne faut être trop compliqué, mais il faut quand même essayer d’obtenir de l’information, donc ce n’est pas simple. Et puis, encore une fois, ces associations-là qui sont, par exemple, isolées en milieu rural, qui n’ont pas du tout l’habitude de ces technologies-là, moi je reste persuadé qu’il faudrait les toucher par courrier, par exemple. Parce que les toucher par les réseaux numériques, elles ne sont pas sur les réseaux, pas encore, ou pas complètement, en tout cas elles ne sont pas familiarisées avec. Et puis répondre à un questionnaire ça leur demande un effort bien plus complexe qu’à des gens qui manipulent les ordinateurs depuis toujours, enfin pas depuis toujours mais, en tout cas, qui sont très à l’aise avec. Est-ce qu’il y a d’autres questions ?

Public : Je voulais savoir pourquoi ne pas poser, aussi, les questions sur « quels sont les services en ligne, libres, que vous utilisez ? »

Laurent : Ça fait partie des questions que je n’ai pas retranscrites ici, mais effectivement, à un moment donné, on leur a posé la question de « quels sont les services en ligne que vous utilisez ? » Et on leur pose même la question de savoir « est-ce que vous avez conscience que certains services que vous utilisez ne sont pas très bons pour votre vie privée ou, en tout cas, pour la vie privée de vos adhérents ? », puisque, en fait, évidemment, on tourne ça sur la question associative. Mais cette question-là était posée. Elle n’a pas été retranscrite ici, il fallait que je fasse un choix dans les questions, mais ce sera dans le compte-rendu, en septembre. On a posé cette question-là bien sûr.

Public : C’est quoi les réponses ?

Laurent : Il y a une conscience que ce n’est pas bien, mais que, il y a des fois, ils sont tellement contraints par le temps, parce que ça aussi la question a été posée, la question du frein de l’utilisation de logiciels libres, c’est la question du temps pour se former, la question de la compétence, de l’accompagnement. C’est souvent la même réponse qui est formulée par rapport à ces services : oui on a conscience que ce n’est pas bien, pour ceux qui en ont conscience, mais, concrètement, il faut qu’on aille vite, et on n’a pas le temps d’acquérir des nouvelles compétences pour ça.

Du coup, j’en profite pour faire un petit complément. Évidemment, on a regardé aussi toutes les études qui se faisaient de manière parallèle, alors qui ne portent pas forcément sur le logiciel libre, mais qui portent sur le numérique, par exemple. En particulier, il y a une structure qui s’appelle Recherche et Solidarités9, qui a fait tout un questionnaire sur le numérique. Et évidemment, on a corrélé la question de la compétence technique à cette problématique du temps. C’est-à-dire qu’il y a des fois des gens qui sont convaincus par rapport aux valeurs, par rapport aux bienfaits du numérique, mais qui n’ont pas le temps dans leur quotidien, dans leur objet associatif pour, pour eh bien se dire « je me pose trois heures et je me forme aux logiciels, je trouve quelqu’un pour le faire, ou je paye un formateur, je me paye une journée de formation, etc. » Donc c’est d’abord ce facteur temps qui est un vrai problème pour les associations. Est-ce qu’il y a d’autres questions ?

Public : Bonjour.

Laurent : Bonjour.

Public : Moi j’aurais voulu savoir, en fait, comment ont été sélectionnées les associations qui ont répondu au questionnaire ? Est-ce qu’elles sont allées par elles-mêmes sur le site, ou est-ce que vous avez ciblé des associations particulières ?

Laurent : On n’a pas ciblé, effectivement, en espérant en avoir un maximum. On a utilisé tous les canaux qu’on connaissait. Du coup, on a utilisé tous nos canaux libristes, par l’April, qui a un réseau de diffusion au niveau libriste, évidemment, assez important, mais on a complété ça avec les réseaux associatifs traditionnels, les réseaux associatifs du CNAJEP, que j’évoquais tout à l’heure, tous les réseaux qui se revendiquent de la mise en réseau des acteurs associatifs, donc Le Mouvement associatif on les a contactés. Alors, après quand je parlais du CNAJEP, Coordination nationale des associations de jeunesse et d’éducation populaire, il faut savoir qu’il y a des déclinaisons régionales qui sont les CRAJEP, Coordinations régionales des associations nanana, donc on est aussi passé par toutes ces structures-là. Voilà. Toutes les structures qu’on connaissait, qu’on avait repérées sur la mise en réseau associative, on les a contactées. Mais après, on n’a pas filtré. Toute personne qui avait envie d’y répondre pouvait répondre, évidemment. On n’a pas filtré à ce niveau-là. Mais de fait, le choix de réseau-là, il a des conséquences sur le retour de l’information. C’est ce que je dis, on a fait le choix de ne pas envoyer des courriers, pour des questions de moyens et des questions de temps, évidemment, ceci étant, ça aurait sans doute, peut-être, changé quelques éléments.

On conclut ? On arrête là. En tout cas, je vous remercie d’être venus nombreux, parce qu’effectivement, ce n’était pas gagné à moins cinq, donc merci à vous.

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